Ma conception des droits de l’Homme

192

ENGAGEMENT ET DÉFENSE DES DROITS DE L’HOMME

1/ MA CONCEPTION DES DROITS DE L’HOMME
(Extraits de mon livre : Mon Combat pour les Droits et les Libertés, Mary Bro, UK, 2017.)

Parmi les différentes études et théories élaborées par les spécialistes sur les Droits de l’Homme, depuis les écrits de John Locke[1], jusqu’à la Charte de l’Organisation des Nations Unies qui engendra la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée le 10 décembre 1948, en passant par la Déclaration française des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, la vision jeffersonienne des Droits de l’Homme[2] est pour moi de loin la plus intéressante. Elle confirme ma conception et mes convictions sur les Droits de l’Homme ; si bien que je l’ai profondément parcourue et étudiée, aussi bien en Côte d’Ivoire que durant mes voyages de formation aux États Unis ou à Genève, en Suisse.
C’est dans son livre intitulé « Sous le signe de la Providence : comment la diplomatie américaine a changé le monde »[3] que Walter Russell Mead a mis en parallèle quatre écoles diplomatiques qui caractérisent la vie politique et qui fonde même la société américaine, selon les époques et les situations. Ainsi, il analyse l’approche hamiltonienne, du nom d’Alexander Hamilton ; l’école wilsonienne, du nom de l’ex-Président Woodrow Wilson ; la théorie inspirée par Andrew Jackson et enfin l’école jeffersonienne.

En effet, considéré comme un grand défenseur de la liberté et de la démocratie, Thomas Jefferson a rependu dans le monde entier, depuis l’Amérique, les valeurs de la démocratie, qu’il considérait toujours comme « une plante fragile qui pousse difficilement et qui a du mal à se propager. »[4] Aussi s’est-il engagé durant toute sa vie politique, à en faire la promotion, cumulativement avec une campagne pour les Droits de l’Homme qui sont à ses yeux, des droits sacrés, parce qu’émanant de Dieu.

Et c’est dans la Déclaration d’Indépendance des États-Unis, dont il fut l’un des principaux rédacteurs, que Jefferson expose très clairement la vision divine des Droits de l’Homme. Dans ce texte, il est d’abord précisé le caractère inaliénable des Droits de l’Homme, ainsi que leur lien consubstantiel avec la démocratie et l’État de droit. Mais surtout – et c’est le plus important pour moi – l’accent est ensuite mis sur la source divine et les valeurs morales qui caractérise ces Droits de l’Homme. L’extrait suivant est sans équivoque :

« Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.

Des gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. »[5]

Au moins trois leçons se dégagent de cet extrait. La première leçon, la principale, révèle ou réaffirme l’origine des Droits de l’Homme comme étant une émanation de Dieu. Dieu étant Justice par essence, IL n’a établi aucune discrimination entre ses Créatures ; IL les a créées égales les unes les autres, Noires, Blanches ou Jaunes. En plus, l’humain étant créé à son image et à sa ressemblance, le Créateur l’a doté de privilèges particuliers, notamment la Vie, la Liberté et le Bonheur, qui sont donc des Droits de l’Homme sacrés et inaliénables, c’est-à-dire des droits inhérents à tout être humain, qu’on ne peut guère détacher de sa nature, ni supprimer. Ils constituent l’essence de la vie et de la dignité humaine.

La deuxième leçon, c’est l’évidence naturelle des Droits de l’Homme. Ils s’imposent d’eux-mêmes à toute l’humanité, partout sur la planète, équitablement et sans jamais être remis en cause : c’est le caractère universel des Droits de l’Homme.

Enfin, après avoir mis en relief leur origine divine et leur caractère de vérités évidentes, les rédacteurs de la Déclaration d’Indépendance américaine rattachent les Droits de l’Homme à la Démocratie en relevant ce qui fonde la légitimité de tout gouvernement : « leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés ». Ce qui signifie que la raison d’être d’un gouvernement, son socle et sa vocation provient de la volonté des gouvernés, à savoir le peuple. On peut dès lors déduire que la Démocratie ne vise en réalité qu’à garantir et protéger les Droits de l’Homme.

En définitive, la conception jeffersonienne des Droits de l’Homme à laquelle j’adhère, se fonde sur leur caractère divin. Et c’est cette dimension qui rend les défenseurs et militants des Droits de l’Homme très allergiques et réactionnaires devant toutes violations des Droits de l’Homme. Etre militant des Droits de l’Homme, c’est avoir en soi une haine viscérale contre l’injustice et contre l’impunité ; une telle haine est dans l’être et dans l’âme de ces hommes et femmes.